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Des bûcherons sur les voies : un programme d’abattage touffu pour 2018

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Publié le 12/03/2018

Notre ligne P traverse de jolis coins boisés... qui sont aussi des casse-têtes pour les services de maîtrise de la végétation. Ils m'ont expliqué leurs projets pour 2018.

Ah, longer la forêt sur la Ligne P… Quand tout roule, notre ligne propose souvent un parcours agréable !

Mais ces arbres et ces branches sont aussi une menace pour le trafic, et la cause de perturbations suffisamment fortes pour marquer durablement les esprits : des branches sur la caténaire à la rentrée de septembre dernier, un arbre tombé sur les voies pendant l’épisode neigeux,… En effet, lorsque la météo s’en mêle (vents forts, pluie abondante, neige, etc.) c’est pire, car les sols et les arbres sont fragilisés.

J’avais publié un petit topo l’année dernière sur l’élagage, le débroussaillage et l’abattage des arbres, mais à chaque incident reviennent tout de même quelques interrogations légitimes : pourquoi la SNCF n’anticipe-t-elle pas ?

@captainboeing

Ces dernières 48 heures ont été cauchemardesques sur la branche Coulommiers.

Je me répète et vous le savez, depuis combien de mois nous vous alertons que les trains frottent de plus en plus la végétation ? On a le sentiment qu’il faut attendre un drame pour prendre des décisions.

 

@Nadege

j’ai aperçu un arbre avant le viaduc il m’avait l’air menaçant

J’ai donc mis ma timidité de côté et suis partie voir le conducteur qui m’a clairement dit qu’une grosse branche effectivement épousait le fil de maintien pour la caténaire et a même pris la forme du pantographe. Alors devons-nous attendre encore un disjonctage de la rame à son passage prochainement

 

@Aurelie

Ces incidents météorologiques auraient pu être évités. Je ne parle pas de l’orage mais de la végétation autour… nous sommes plusieurs à remonter notre inquiétude quant à la végétation autour des voies y compris les cheminots eux-mêmes ! Malheureusement il faut un incident pour que ça commence à être pris en compte…si la Sncf n’a pas la capacité de faire la maintenance de cette végétation il faudrait peut-être pour une fois sous-traiter pour une bonne cause.

 

En effet : si la végétation est un tel fléau pour la ponctualité, comment se fait-il que nous restions ainsi à la merci d’une branche un peu trop proche, ou d’un arbre mal en point ?

J’ai fait le point avec notre « experte végétation », Chloé, qui gère depuis son arrivée l’an dernier, l’organisation des chantiers de maîtrise de la végétation.

 

En 2018, on envoie du bois !

Ce n’est pas toute la réponse, mais ça commence par là : même si vous ne le voyez pas, et que par conséquent beaucoup de clients l’ignorent, les opérations de maîtrise de la végétation constituent le second budget de dépenses d’entretien des voies de SNCF Réseau.

On va encore franchir un cap en 2018 : de 650 000 euros l’an dernier, ce budget est passé à plus de 2 millions pour cette année. (Tout ce budget ne passe pas dans l’élagage ou l’abattage aux abords des voies néanmoins : il y a aussi les voies de service, les pistes de retournement, etc., ainsi qu’une part prévue pour gérer les urgences, comme arbre menaçant de tomber ou tombé sur les voies par exemple).

 

Quelles sont les principales opérations de maitrise de la végétation ?

-> L’abattage : de manière ponctuelle pour un arbre jugé dangereux, en raison d’une maladie, ce qui a été le cas au niveau de Gérard La Celle Morin : un important abattage de frênes a été nécessaire parce qu’ils étaient touchés par une maladie.

-> L’entretien des pistes qui permettent aux agents de l’infrastructure de se déplacer et de travailler en toute sécurité. Ces pistes permettent également aux conducteurs de faire la visite de leur train et l’évacuation des voyageurs en cas d’incident.

-> Le débroussaillage : à noter que le débroussaillage implique souvent la découverte de nombreux déchets (particulièrement en proche banlieue). Certaines de ces opérations sont donc plus coûteuses, car avant de débroussailler, il faut effectuer un piquetage et un ramassage des déchets qui peuvent être potentiellement dangereux, comme des bouteilles en verre par exemple.

 

Notre plan d’action bûché avec des spécialistes

Cette année devrait aussi voir les premiers effets bénéfiques d’une collaboration lancée en 2017 avec l’Office National des Forêts (ONF) : le recensement de la végétation s’est fait cette fois avec l’appui de son expertise, pour affiner notre plan d’action de 2018.

Les experts de l’ONF sont, comme le nom l’indique, LES experts sur le sujet. L’idée est donc que si eux ne peuvent prévoir la détérioration / chute d’un arbre… alors c’est vraiment qu’elle n’est pas prévisible lorsque le programme est défini. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y aura plus d’impact de la végétation sur notre ligne – c’est quasi-impossible, pour des raisons que je détaille aussi plus loin. Mais Chloé et le service de maîtrise de la végétation visent ainsi à réduire le plus possible le champ de l’imprévu.

Notez que l’ONF intervient également sur les chantiers eux-mêmes, avec du matériel spécifique et des bûcherons de métier. (Pour l’abattage des arbres qui dépassent un diamètre de 15 cm, seuls ces bûcherons ont le droit d’intervenir).

 

 Qu’est-ce que l’Office National des Forêts ?

L’ONF rassemble près de 10 000 professionnels œuvrant au service de la gestion de 11 millions d’hectares de forêts publiques. Au quotidien, les forestiers veillent à l’entretien, au développement et au renouvellement de ces espaces.

L’Office réalise également des missions de service public pour le compte de l’État dans les domaines de la prévention et de la gestion des risques naturels : protection du littoral, restauration des terrains de montagne, défense des forêts contre les incendies.

(Plus de détails sur le site de l’ONF : http://www.onf.fr/)

 

Le programme de cette année sur toutes nos branches

Chloé a bien voulu me donner les grandes lignes du programme d’abattage de cette année, que je vous livre donc en intégralité. (Il s’agit donc uniquement de l’abattage, et seulement ce qui est prévu, par définition.)

Dès les premières semaines de janvier, 5 km d’abattage ont déjà été réalisés entre Tournan et Marles-en-Brie.

Un abattage d’arbres a ensuite été réalisé entre Roissy-en-Brie et Gretz Armainvilliers sur 5 m de large depuis le bord des voies et sur 7 km de long.

En mars, une opération d’abattage va également être réalisée sur 11 km entre Mortcerf et Mouroux. Cette opération étant réalisée à l’occasion de 3 week-ends de travaux de renouvellement de voies et ballast, elle va permettre de mobiliser pour chaque week-end 2 équipes pendant 12 heures (8h à 20h).

A partir de septembre, 6 km d’abattage seront réalisés entre La Ferté-sous-Jouarre et Nanteuil-Saâcy. Les pistes de retournement, voies de service et entrevoies seront, elles, débroussaillées en majorité avant début avril.

 

L’épineux calendrier des chantiers

Un bon programme d’abattage ne fait pas tout : comme vous le dites souvent, on éviterait mieux les incidents avec encore plus d’abattage, sur un domaine plus large, avec une plus grande récurrence, etc.

Des branchages frottent sur le train ? Pourquoi sont-ils encore là le lendemain ! Un arbre penche un peu trop ? Pourquoi ne va-t-on pas vérifier sur le champ ! Il y a des limites à nos actions, parfois peu connues, qu’il est bon de rappeler, et d’avoir en tête lorsqu’on signale une anomalie potentielle.

La première, et vous l’avez aperçue si vous avez bien lu le calendrier des grandes phases d’abattage ci-dessus, c’est qu’il y a un « trou » : pas d’opérations d’abattage sur les mois de mai, juin, juillet et août. Ce n’est pas que Chloé prend de très grandes vacances, non, c’est qu’entre le 15 mars et le 15 août de chaque année, la réglementation restreint les abattages afin de respecter la période de nidification et de reproduction des espèces. Seul le débroussaillage et les urgences peuvent alors être traitées.

D’ailleurs, vous le savez peut-être, sur la ligne P de nombreux sites sont classés « Natura 2000 » : la Ligue protectrice des oiseaux et la Fédération des Parcs Naturels régionaux de France y veillent à « préserver la diversité biologique en assurant la protection des habitats naturels en tant que tels ou en ce qu’ils sont nécessaires à la conservation d’espèces animales ou végétales ».

 

La seconde épine dans le pied de la maîtrise de la végétation, c’est la même que celle des chantiers de travaux sur les voies : il faut interrompre totalement les circulations. Ces travaux sont donc, eux aussi, réalisés essentiellement de nuit, par équipes de 6 minimum.

 

Bref : on ne peut pas envoyer un agent avec son sécateur dès qu’un frottement anormal est signalé. Ce n’est pas que le signalement n’est pas entendu, ni répertorié, c’est qu’il faut l’intégrer à un programme prévu, ou justifier puis caler une intervention d’urgence.

 

Comment vos observations peuvent porter leurs fruits

J’ai demandé directement à Chloé comment elle s’appuyait actuellement, et souhaiterait s’appuyer, sur vos remarques et signalements (en plus de ceux des agents qui en font également de leur côté).

Il y a deux aspects :

  1. Malgré la programmation et la vigilance de l’ONF et des équipes pour maîtriser la végétation, malgré les tournées effectuées, nous ne sommes jamais à l’abri qu’un arbre jugé non dangereux puisse le devenir, surtout lorsque la météo s’en mêle. Un signalement peut permettre une intervention en urgence.
  2. 2018 est calé bien entendu, mais le programme de 2019 doit être défini dans les mois qui viennent. Vos remontées aujourd’hui peuvent permettre aux experts de s’assurer qu’il n’y a pas de « trou dans la raquette » pour l’année prochaine.

 

N’hésitez pas à donner un maximum de détails lors de vos signalements : photos, localisation précise etc.

Les différents projets et chantiers de maîtrise de la végétation seront abordés sur le blog car c’est un travail largement invisible, et dont on ne parle… que lorsqu’il n’a pas su empêcher un incident qui met par terre la ponctualité.

Alors d’ores et déjà, vous pouvez décrire en commentaire de ce billet, les zones qui vous paraissent à risque, aujourd’hui, depuis votre point de vue de voyageur.

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Comment maîtriser la végétation aux abords des voies ?

6 commentaires pour “Des bûcherons sur les voies : un programme d’abattage touffu pour 2018”

  1. Geoffroy77Passer au statut dit :

    Bonjour,
    Souvent le problème est l’impression de ne pas être entendu…
    Pourquoi ne pas mettre en place une application de suivi des incidents tel que certaines villes l’ont fait (A paris, l’app Dans ma rue) ?
    Cdt,

  2. FLPasser au statut dit :

    « Une épine dans le pieds » : voilà à quoi est réduite la sauvegarde et la protection de notre environnement ! Les écologistes et la protection de l’environnement ne sont vus que comme des « épines dans le pieds » ! Des enquiquineurs, quoi ! Des gens dont on se passerait bien si on le pouvait faire autrement ! Mais comme il reste encore quelques réglementations pour empêcher les industriels de faire ce qu’ils veulent, il faut bien faire avec !
    Ca veut dire quoi tous ces abatages et ces débroussaillages? Certes, la sécurité des voyageurs est importante. Mais la protection de l’environnement l’est encore plus.
    La SNCF est un des plus grands propriétaires fonciers, si ce n’est le plus grand. Elle a le devoir d’agir avec discernement quand il s’agit de la gestion des espaces naturels dont elle a la charge (et qui appartiennent aux citoyens étant entendu que la SNCF est une société publique).
    La SNCF débroussaille (ce qui, écologiquement n’a aucun sens) et abat : mais que fait elle d’autre ? Replante elle ? Où est donc son plan de protection de l’environnement ? Où sont ses actions en matière de respect de la biodiversité ? Que fait elle pour rendre les abords de nos voies ferrées accueillants pour la nature ?
    Et faire appel à l’ONF ne permet en aucune façon d’apporter une caution écologiste à vos pratiques : l’ONF ne fait que gérer des espaces qui ne devraient pas avoir besoin de l’homme pour se développer. Une forêt n’a pas besoin d’être « débroussaillée » ou « entretenue ». Il s’agit là d’un mythe savament entretenu par ceux qui gagnent de l’argent en « débroussaillant » et en « abattant ».
    L’ONF n’est pas un organisme écologiquement neutre : l’ONF est juge et parti.

  3. captainboeingPasser en mode normal dit :

    Bonjour,,

    Je vous remercie pour cet article complet. Je me pose la question de l’enlèvement des déchets. Que deviennent tous ces arbres coupés ?
    Nicolas

    • MariePasser au statut dit :

      Bonjour @captainboeing,
      Lors de gros chantiers de remise à niveau, l’ONF broie les branches sur place. Cela crée un couvert végétal aux abords des voies qui ralentira la repousse la première année, en privant la végétation de lumière. Quant aux troncs d’arbres, ils sont valorisés en plaquette de chauffage via leur filière ONF Energie Bois.
      Lors des petits chantiers ou abattages ponctuels, le bois reste soit sur place et devient une niche écologique, soit il est enlevé par l’ONF lors d’une campagne globale par ligne, ce qui nécessite des engins et des autorisations d’accès.

    • captainboeingPasser en mode normal dit :

      Je vous remercie pour votre réactivité à répondre.

    • MariePasser au statut dit :

      Je vous en prie 🙂
      Bon après-midi !

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